Les mots d’un montagnard
#poème
Le figuier et l’olivier

Sur les crêtes 
de Kabylie,
là où la montagne 
écoute le vent,
quand le jour 
défait ses brumes,

deux vieux arbres 
veillent en silence
sur les pierres, 
les chemins 
et le temps.

Le figuier 
ouvre ses paumes
et étend ses larges branches,
aux premières abeilles 
du matin.

Comme un grand-père 
ouvrant ses bras.

Dans son ombre, 
les enfants s’asseyent,
et les anciens racontent 
autrefois.

Il connaît le pas 
des bergers,
la poussière 
aux chevilles nues,

les voix qui montent 
des villages
avec le pain chaud 
sous le bras.

Ses figues 
mûrissaient 
au soleil,
douces 
comme un souvenir 
d’enfance ;

chaque fruit semblait 
porter en lui
un peu de la terre 
et de l’espérance.

Sous lui, 
l’été avait 
son royaume :
une natte, 
une cruche, 
quelques figues,

et les anciens, 
assis dans l’ombre,
recousaient le temps 
avec leurs mots.

Le figuier 
ne parle pas.

Pourtant 
ses branches 
savent tout :

les départs, 
les retours, 
les absences,
les prénoms 
que l’on ne prononce plus.

Un peu plus loin, 
l’olivier demeure,
Plus bas, 

dans la pente 
pierreuse,
noueux, 
patient, 
enraciné.

L’olivier garde 
son silence.

Il a connu 
les hivers 
sans couleur,
les étés 
brûlants, 
les maisons 
abandonnées.

Ses racines plongent 
dans la montagne,
plus profondes 
que les mots oubliés.

Et lorsque le vent 
traverse ses feuilles,
on croirait entendre 
les ancêtres parler.

Son tronc 
ressemble à une main
que les années 
auraient fermée.

Dans ses veines 
dort la montagne,
dans ses racines, 
la mémoire.

— « Frère figuier, 
que gardes-tu donc
dans le secret 
de tes branches ? »

— « Je garde les rires 
des enfants,
les veillées, 
les chants 
et les dimanches. »

L’olivier lui répond doucement :

— « Et moi, 
je garde 
dans mon écorce
les pas de ceux 
qui sont partis,
les mains 
qui m’ont planté 
autrefois,
et les larmes versées 
sans bruit. »

Chaque hiver, 
quand la pluie descend
sur les chemins 
de Kabylie,

il demeure, 
noir contre la brume,
comme une lampe 
qui aurait pris racine.

Alors le vent descend 
de la montagne,
fait danser les feuilles 
une à une.

Le figuier tremble 
sous la lumière,
l’olivier murmure 
à la lune.

On vient le tailler 
en famille.
La branche tombe.
Le feu la reçoit.

Et l’odeur du bois 
dans la cour
réveille les hivers 
de l’enfance.

Puis vient le temps 
des olives.
Les mains deviennent 
des paniers,
les paniers deviennent 
des chants ;

les femmes secouent 
les branches,
les hommes ramassent 
le silence
tombé 
avec les fruits.

Au moulin, 
l’huile coule
épaisse 
comme une lumière 
ancienne.

Elle descend 
dans les jarres
et semble emporter 
avec elle
un peu de la nuit 
des montagnes.

Deux arbres, 
deux voix, 
une même terre,
deux mémoires 
sous le même ciel.

Le figuier regarde 
l’olivier.
L’olivier regarde 
le figuier.

L’un donne la douceur 
du miel de ses fruits
de septembre,

l’autre l’or vert 
de ses huiles
de décembre.

L’un nourrit 
la bouche 
des enfants,

l’autre accompagne 
le pain
qu’on rompt 
entre les mains.

Et tant qu’un figuier 
donnera de l’ombre,
tant qu’un olivier 
portera ses fruits,

la Kabylie gardera 
dans ses pierres
la mémoire de ceux 
qui ont vécu ici.

Mais sous la terre,
leurs racines 
ne se disputent rien.

Elles se parlent 
dans le noir,
à travers les pierres,
comme deux vieillards 
d’un même village
qui n’auraient plus 
besoin de mots.

Elles savent 
ce que nous oublions :
qu’une terre 
n’est pas seulement
celle que l’on foule ;

c’est celle 
qui nous reconnaît
quand nous revenons 
vers elle.

Alors, 
le soir, 
sur un toit de tuile,
quand le soleil rougit 
le Djurdjura,

le figuier penche 
ses grandes feuilles,
l’olivier frissonne 
dans le vent.

Et la montagne écoute.
Peut-être 
entend-elle 
encore
les pas de nos pères,

les voix de nos mères,
le cliquetis des outils,
le rire des enfants 
courant pieds nus
entre deux murs 
de pierre.

Peut-être sait-elle
que tant qu’un figuier 
donnera son ombre,
tant qu’un olivier 
donnera son huile,

tant qu’une vieille voix 
dira encore
les mots appris 
auprès des anciens,

la Kabylie ne sera jamais 
seulement
un lieu où l’on est né.

Elle restera
une racine 
dans la poitrine,

une poignée de terre 
sous la langue,

un chemin qui monte 
vers le village
et, 
dans la mémoire,

deux arbres debout
pour nous montrer 
le chemin du retour.

Car un pays ne meurt 
jamais tout à fait
tant que ses arbres 
savent se souvenir ;

et dans le silence 
des montagnes,
leurs racines continuent 
de nous unir.

Djamel Metref
At Yenni le 4 Octobre 2026

Lire sur le site : https://lesmotsdunmontagnard.github.io
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Le figuier et l’olivier

#poème
Le figuier et l’olivier

Sur les crêtes 
de Kabylie,
là où la montagne 
écoute le vent,
quand le jour 
défait ses brumes,

deux vieux arbres 
veillent en silence
sur les pierres, 
les chemins 
et le temps.

Le figuier 
ouvre ses paumes
et étend ses larges branches,
aux premières abeilles 
du matin.

Comme un grand-père 
ouvrant ses bras.

Dans son ombre, 
les enfants s’asseyent,
et les anciens racontent 
autrefois.

Il connaît le pas 
des bergers,
la poussière 
aux chevilles nues,

les voix qui montent 
des villages
avec le pain chaud 
sous le bras.

Ses figues 
mûrissaient 
au soleil,
douces 
comme un souvenir 
d’enfance ;

chaque fruit semblait 
porter en lui
un peu de la terre 
et de l’espérance.

Sous lui, 
l’été avait 
son royaume :
une natte, 
une cruche, 
quelques figues,

et les anciens, 
assis dans l’ombre,
recousaient le temps 
avec leurs mots.

Le figuier 
ne parle pas.

Pourtant 
ses branches 
savent tout :

les départs, 
les retours, 
les absences,
les prénoms 
que l’on ne prononce plus.

Un peu plus loin, 
l’olivier demeure,
Plus bas, 

dans la pente 
pierreuse,
noueux, 
patient, 
enraciné.

L’olivier garde 
son silence.

Il a connu 
les hivers 
sans couleur,
les étés 
brûlants, 
les maisons 
abandonnées.

Ses racines plongent 
dans la montagne,
plus profondes 
que les mots oubliés.

Et lorsque le vent 
traverse ses feuilles,
on croirait entendre 
les ancêtres parler.

Son tronc 
ressemble à une main
que les années 
auraient fermée.

Dans ses veines 
dort la montagne,
dans ses racines, 
la mémoire.

— « Frère figuier, 
que gardes-tu donc
dans le secret 
de tes branches ? »

— « Je garde les rires 
des enfants,
les veillées, 
les chants 
et les dimanches. »

L’olivier lui répond doucement :

— « Et moi, 
je garde 
dans mon écorce
les pas de ceux 
qui sont partis,
les mains 
qui m’ont planté 
autrefois,
et les larmes versées 
sans bruit. »

Chaque hiver, 
quand la pluie descend
sur les chemins 
de Kabylie,

il demeure, 
noir contre la brume,
comme une lampe 
qui aurait pris racine.

Alors le vent descend 
de la montagne,
fait danser les feuilles 
une à une.

Le figuier tremble 
sous la lumière,
l’olivier murmure 
à la lune.

On vient le tailler 
en famille.
La branche tombe.
Le feu la reçoit.

Et l’odeur du bois 
dans la cour
réveille les hivers 
de l’enfance.

Puis vient le temps 
des olives.
Les mains deviennent 
des paniers,
les paniers deviennent 
des chants ;

les femmes secouent 
les branches,
les hommes ramassent 
le silence
tombé 
avec les fruits.

Au moulin, 
l’huile coule
épaisse 
comme une lumière 
ancienne.

Elle descend 
dans les jarres
et semble emporter 
avec elle
un peu de la nuit 
des montagnes.

Deux arbres, 
deux voix, 
une même terre,
deux mémoires 
sous le même ciel.

Le figuier regarde 
l’olivier.
L’olivier regarde 
le figuier.

L’un donne la douceur 
du miel de ses fruits
de septembre,

l’autre l’or vert 
de ses huiles
de décembre.

L’un nourrit 
la bouche 
des enfants,

l’autre accompagne 
le pain
qu’on rompt 
entre les mains.

Et tant qu’un figuier 
donnera de l’ombre,
tant qu’un olivier 
portera ses fruits,

la Kabylie gardera 
dans ses pierres
la mémoire de ceux 
qui ont vécu ici.

Mais sous la terre,
leurs racines 
ne se disputent rien.

Elles se parlent 
dans le noir,
à travers les pierres,
comme deux vieillards 
d’un même village
qui n’auraient plus 
besoin de mots.

Elles savent 
ce que nous oublions :
qu’une terre 
n’est pas seulement
celle que l’on foule ;

c’est celle 
qui nous reconnaît
quand nous revenons 
vers elle.

Alors, 
le soir, 
sur un toit de tuile,
quand le soleil rougit 
le Djurdjura,

le figuier penche 
ses grandes feuilles,
l’olivier frissonne 
dans le vent.

Et la montagne écoute.
Peut-être 
entend-elle 
encore
les pas de nos pères,

les voix de nos mères,
le cliquetis des outils,
le rire des enfants 
courant pieds nus
entre deux murs 
de pierre.

Peut-être sait-elle
que tant qu’un figuier 
donnera son ombre,
tant qu’un olivier 
donnera son huile,

tant qu’une vieille voix 
dira encore
les mots appris 
auprès des anciens,

la Kabylie ne sera jamais 
seulement
un lieu où l’on est né.

Elle restera
une racine 
dans la poitrine,

une poignée de terre 
sous la langue,

un chemin qui monte 
vers le village
et, 
dans la mémoire,

deux arbres debout
pour nous montrer 
le chemin du retour.

Car un pays ne meurt 
jamais tout à fait
tant que ses arbres 
savent se souvenir ;

et dans le silence 
des montagnes,
leurs racines continuent 
de nous unir.

Djamel Metref
At Yenni le 4 Octobre 2026

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