Insomnie, mon amie
Insomnie,
mon amie,
Tu ne dors jamais.
Tu arrives sans frapper.
Tu n’entres pas en moi
Comme une affirmation,
Tu entres
Comme une question
Qui aurait perdu
Son point d’interrogation.
À trois heures du matin,
Tu remontes
Du fond de mes veines.
Tu connais le chemin
Mieux que moi.
Tu étais déjà là.
Tu connais mon prénom
Mieux que le jour.
Tu t’assieds au bord du lit,
Silencieuse,
Avec tes poches pleines
De souvenirs.
Tu fouilles mes poches
Sans lampe,
Sans gants,
À la recherche
De ce que je cache
Même à ma mémoire,
De ce que j’ai oublié
D’oublier.
Tu rallumes
Les vieilles questions.
Pourquoi ?
Et si ?
Et demain ?
Trois petits couteaux
Dans la chair du silence.
Tu réveilles
Les phrases jamais dites et
Avortées,
Les visages en veille et
Sans lendemain,
Les portes
Que je n’ai jamais osé fermer et
Les départs sans porte.
Dehors,
La nuit mâche
Le village
Qui retient son souffle.
Il dort.
Dedans,
Tu fais l’inventaire
Des ruines encore chaudes.
Tu déplies mes pensées
Une à une
Comme des lettres volées.
Les fenêtres respirent
Derrière leurs rideaux.
Je ferme les yeux.
Je compte les secondes
Comme on compte
Les absents.
Tu déplaces le silence.
Tu changes de serrure.
Le plafond devient
Un écran immense.
Je respire.
Mes pensées défilent
Sans générique,
Sans fin.
Tu mesures
Ce qui manque.
Puis tu frappes
Exactement là
Où je ne suis pas guéri.
Même mon cœur
Semble marcher
Sur la pointe des pieds.
Mais mon esprit
Laisse la lumière allumée.
Alors tu restes,
Insomnie.
Je te demande :
— Qu’est-ce que tu me veux ?
Rien.
Tu attends.
Tu ne réponds pas.
Tu déterres
Des visages.
Tu me racontes
Ce que le jour
Essaie de cacher.
Tu sais
Que certaines blessures
N’ont pas besoin de sang
Pour rester ouvertes.
Tu poses simplement
Une chaise
Au milieu de ma mémoire.
Tu dépoussières
Des regrets.
Tu t’assieds
En face de moi.
Pas un mot.
Pas un geste.
Seulement cette présence
Qui me condamne
A ne plus détourner les yeux.
Tu fais parler
Les blessures
Qui se taisent
À la lumière.
J’ai compris
Depuis longtemps
Que tu n’es pas
L’ennemie du sommeil.
Et parfois,
Entre deux battements,
Je comprends :
Tu es
La part de moi
Qui refuse
De disparaître
Quand tout le reste
S’éteint.
Tu n’es pas venue
Pour m’empêcher de dormir.
Tu es venue
Pour m’empêcher
De me fuir.
Alors reste.
Je voudrais te chasser.
Mais qui chasserait-on ?
Toi ?
Ou cette part de moi
Qui profite de la nuit
Pour enfin prendre la parole ?
Cette nuit,
Ne me raconte rien.
Reste encore
Si tu veux.
Mais parle doucement.
J’ai déjà
Assez de bruit
Dans le cœur.
J’ai enfin compris
Que le silence
N’était pas ton absence.
C’était moi
Qui n’avais jamais appris
À m’entendre.
Alors reste.
Creuse.
Puisque tu es venue
Jusqu’au fond,
Ne me rends pas le jour
Avant de m’avoir rendu
À moi-même.
Djamel Metref
At Yenni le 3 octobre 2026 à 3 h 00← Tous les poèmes
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