Le cœur brisé de la place
Sur la place de l’étudiant,
un cœur avait pris racine,
non pas dans la pierre froide,
mais dans l’imagination d’un homme
qui savait parler au silence.
Notre ami, artiste de Laghouat,
avait assemblé des fragments de lumière,
des morceaux de terre,
des éclats de mémoire,
pour donner une forme
à ce que les hommes portent en eux
sans toujours savoir le nommer.
Un cœur ouvert,
immense, fragile,
dressé au milieu de la place
comme une promesse :
celle que l’art peut encore
réunir ce que la vie disperse.
Mais il est des regards
qui ont peur de la beauté,
des esprits si étroits
qu’ils prennent toute différence
pour une menace.
Alors des mains sont venues,
non pour créer,
mais pour détruire ;
non pour comprendre,
mais pour frapper.
Elles ont saccagé le cœur,
croyant peut-être
qu’en brisant la pierre
elles feraient taire le symbole.
Elles se sont trompées.
Car l’œuvre demeure
dans la mémoire de ceux
qui l’ont regardée.
Et chaque éclat tombé à terre
est devenu un mot,
chaque fissure,
une cicatrice de la ville,
chaque morceau arraché
une preuve supplémentaire
que la beauté dérange
ceux qui ne savent pas
vivre avec la lumière.
Ô cœur de Laghouat,
même blessé, tu bats encore.
Tu bats dans les yeux des étudiants,
dans la main de l’artiste,
dans le souvenir de ceux
qui refusent que la nuit
ait le dernier mot.
Et peut-être qu’un jour,
sur cette même place,
quelqu’un ramassera tes fragments
et les remettra ensemble.
Alors ton cœur ne sera plus seulement
une œuvre de pierre.
Il sera devenu
la mémoire d’une ville
qui aura appris
que l’on peut casser une sculpture,
mais jamais
l’idée de beauté
qu’elle a déposée
dans les âmes.
Djamel Metref
At Yenni le 2 octobre 2026
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