Les mots d’un montagnard
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MOKSHA

Temps et existence · Résilience et espoir

MOKSHA 
J’ai longtemps
porté mon nom
comme une prison.
J’ai supprimé
les notifications
de ma peur.
J’ai effacé
mon ancien nom
de la bouche des dieux.
Un matin,
j’ai cessé
de répondre.
Mode avion.
Minuit.
Le monde
continuait de crier.
Plus personne
ne m’atteint
à travers moi.
Le ciel
scanne mon âme.
Moi,
j’ai baissé le volume.
J’avais des fantômes
en haute définition
dans la poitrine.
Aucune donnée
sur le désir.
Entre deux silences,
certaines choses
se sont détachées.
EIles tournaient
la nuit
sans publicité.
Je prie
dans une pièce froide.
Une peur.
Un visage.
Une ancienne version de moi.
Alors
j’ai débranché
le ciel.
Une lumière bleue
descend du plafond
comme une hostie.
Je n’ai pas trouvé
la lumière.
Écran noir.
Mon ombre
reste connectée
à mes morts.
J’ai simplement
cessé de courir
après l’ombre.
Respiration.
Je coupe.
Depuis,
je marche léger.
Je ne cherche plus
la sortie.
Elle tombe.
Mes chaînes
ont oublié
mon poignet.
Je change
d’adresse
à l’intérieur.
Les anges
ont des visages
sans signal.
Le ciel
n’a pas changé.
Mes blessures
n’ont plus
de mot de passe.
Elles transmettent
du silence.
C’est moi
qui n’habite
plus la cage.
Mes souvenirs
chargent encore.
Dans mes veines,
des prières
en boucle.
Mais je ne clique plus.
Je cherche
le bouton :
ne plus renaître.
Je laisse tomber
les anciennes versions
de mon visage.
La ville clignote.
Mise à jour.
Je ferme les yeux.
Erreur système :
l’homme que tu étais
n’est plus disponible.
Un temple
apparaît
derrière mes paupières.
Dehors,
la ville avale
ses propres lumières.
Je n’attends plus
le salut.
Métros.
Sirènes.
Écrans.
Visages en veille.
Je retire
mon visage
du monde.
En moi —
Quelque chose
se déverrouille.
je marche
hors connexion.
Pas une porte.
Sans GPS.
Une absence.
Sans destination.
Le silence
me géolocalise.
Quelque chose
en moi
vient de quitter
le réseau.
Pas la mort.
Pas la fuite.
Une délivrance
sans cérémonie.
Moksha —
pas une porte
qui s’ouvre,
mais le prisonnier
qui comprend
qu’il n’y avait
jamais eu de serrure.
Le monde
continue de tourner.
Mais enfin —
je ne tourne plus
autour de ma cage.
Le feu
ne me brûle plus.
Il me reconnaît.
Djamel Metref 
At Yenni le 2 octobre 2026
Le mot Moksha vient du sanskrit et signifie « libération » ou « délivrance » et désigne la libération ultime de l’âme hors du cycle des renaissances (le samsara) dans l’hindouisme et le jaïnisme