Tislit n Unzar — La fiancée d’Anzar
À l’ombre des montagnes,
là où la terre
attend encore la pluie…
Le ciel avait fermé ses portes,
et la terre,
sous ses paupières sèches,
ne savait plus comment espérer.
Les sources s’étaient tues,
les oliviers courbaient leurs branches,
et dans les champs brûlés
le vent soulevait la poussière
comme une vieille mémoire.
Alors, un jour,
une jeune fille descendit
vers la rivière.
Elle venait chercher l’eau,
avec dans les yeux
la fraîcheur d’une source
et dans les cheveux
le parfum des montagnes.
Anzar la vit.
Depuis les hauteurs du ciel,
lui qui commandait aux nuages,
il contempla sa beauté
et son cœur de pluie
se mit à trembler.
— Viens avec moi,
lui murmura-t-il.
— Je te donnerai les nuages,
les éclairs
et les jardins,
je ferai chanter les rivières
sous tes pas.
Mais la jeune fille refusa.
Elle n’était pas une offrande.
Elle n’était pas un prix
à payer au ciel.
Alors Anzar,
blessé dans son orgueil,
referma les chemins de la pluie.
Les nuages passèrent au loin.
Les montagnes attendirent.
Les puits descendirent
dans leur silence.
Et les hommes comprirent
que le ciel pouvait lui aussi
se souvenir d’une blessure.
Les années passèrent.
Puis les anciens sortirent
des maisons.
Ils prirent une louche,
l’habillèrent comme une mariée,
lui mirent des fleurs,
et partirent vers la rivière asséchée.
Les femmes chantaient.
Les enfants suivaient.
Les vieillards levaient les yeux
vers les nuages absents.
Et dans la poussière des chemins
une vieille voix s’éleva :
Anzar, Anzar, a Rebbi, swit ar azar…
Anzar, Anzar, ô Dieu, arrose jusqu’aux racines…
Alors le chant monta
plus haut que les collines.
Il traversa les oliviers,
franchit les ravins,
réveilla les pierres,
et vint frapper
à la porte du ciel.
Et peut-être qu’Anzar,
depuis son royaume de nuages,
entendit enfin
ce que les hommes avaient oublié :
la pluie n’est pas une dette,
la terre n’est pas une épouse,
et l’amour véritable
ne se conquiert pas.
Il y eut d’abord
une goutte.
Une seule.
Elle tomba sur la poussière
comme une larme.
Puis une deuxième.
Puis mille.
Et soudain le ciel
se déchira.
La montagne disparut
derrière un voile d’eau,
les feuilles se mirent à danser,
la terre but avec avidité,
et les ravins retrouvèrent leur voix.
Au loin,
un arc-en-ciel apparut.
Comme un pont
entre la colère
et le pardon,
entre le ciel
et la terre,
entre la légende
et la mémoire.
Depuis,
lorsque l’arc-en-ciel
vient poser ses couleurs
sur les montagnes kabyles,
les anciens regardent le ciel
et disent doucement :
Tislit bu Anzar…
La fiancée d’Anzar.
Et peut-être que,
quelque part
derrière les nuages,
la jeune fille marche encore
au bord d’une rivière,
libre,
tandis qu’Anzar
verse enfin sa pluie
sans demander
à personne
de lui appartenir.
Djamel Metref
At Yenni le 4 Octobre 2026← Tous les poèmes
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